Regards politiques sur les territoires

La carte peut ainsi faire l’objet de toutes sortes de manipulations, des plus grossières aux plus discrètes. Elle est éminemment politique, et considérée comme un efficace outil de propagande par le pouvoir. Prenons quelques exemples dans le monde arabe. M. Saddam Hussein, au lendemain de l’invasion du Koweït par ses troupes en août 1990, apparaît à la télévision avec la nouvelle carte officielle de l’Irak intégrant le Koweït – qu’il présente alors comme sa nouvelle province. La géographie, prétend-il, lui donne raison : le Koweït, situé au débouché du Tigre et de l’Euphrate, fait « naturellement » partie de l’Irak… Pour sa part, Rabat a pendant longtemps censuré toutes les publications dans lesquelles les cartes distinguaient le Maroc du Sahara ex-espagnol. Un trait, même tireté, entre les deux territoires, et la diffusion était interdite. Dans les pays du monde arabe, la simple représentation ou mention du nom d’Israël sur une carte équivalait à l’interdiction pure et simple de la publication. Soit on remplaçait le mot Israël par celui de Palestine et Israël disparaissait de l’index, soit on plaçait judicieusement un graphique en lieu et place du pays. La question était à ce point sensible que les services commerciaux des éditeurs scolaires français intervenaient directement auprès des responsables de collection pour imposer une représentation acceptable du Maroc et du Proche-Orient, et éviter ainsi de perdre d’importants marchés dans les pays francophones d’Afrique du Nord.

via Regards politiques sur les territoires, par Philippe Rekacewicz (Le Monde diplomatique).