“Il est nécessaire de choisir : monde ou situation, puisque ce sont deux réalités qui s’excluent mutuellement, de la même façon que s’excluent l’individu et le sujet politique.”

Il est nécessaire de choisir : monde ou situation, puisque ce sont deux réalités qui s’excluent mutuellement, de la même façon que s’excluent l’individu et le sujet politique. Ceci signifie-t-il que nous reconnaissions l’impuissance de l’action restreinte, situationnelle, face au monde ? Bien au contraire, c’est le " monde " qui réduit toute action politique à l’impuissance puisqu’elle la soustrait d’une situation concrète. Ce qui signifie que la préoccupation médiatique pour le monde non seulement nous met en position d’impuissance face à son spectacle, mais nous anesthésie et nous empêche d’agir là où, effectivement, on peut le faire : dans notre situation. Ainsi, l’action restreinte s’oppose à toute velléité de pouvoir, à tout messianisme omnipotent qui depuis une position quasi-délirante regarde le monde comme il est et décrète comme il devrait être. Si l’action restreinte est une praxis dans et pour la situation cela est dû à ce que sa délimitation et ses termes ne sont pas des données fournies par les médias. Ce que l’on présente comme situation doit être à la fois le fruit d’une recherche, d’une pensée et d’une praxis à partir de laquelle nous pouvons dire : si telle est la structure de la situation en question, tel sera alors notre pari. Dans un tel cas, même l’erreur fera partie d’un moment dans la reconstruction d’une praxis libertaire. A cet égard, il est nécessaire d’être concret : le " monde " comme une totalité de faits est une illusion médiatique, la seule chose qui existe étant la multiplicité des situations. Chacune d’elles nous renvoie ainsi à un problème, à un universel concret qui se distingue radicalement du " monde " comme totalité abstraite.

Manifeste du Collectif Malgré Tout (1995).