L’espace commun est la trace de l’un dans l’autre

Les tentatives de Deligny, celles des Cévennes après celle d’Armentières, de la Grande Cordée, de La Borde, montrent que l’être-ensemble n’est pas le résultat d’une négociation, un objectif à poursuivre, par rapport auquel on va toujours trouver l’autre en défaut, et dans les derniers choix de Deligny dans un défaut radical, mais un être-là qu’on organise, qu’on constitue comme hypothèse de tous les petits outillages qu’on se donne pour le mettre en œuvre. Dans cet être-là, être-ensemble, il n’y a aucune réciprocité exigible a priori de l’autre seulement, aucune condition. L’être-là humain est une inconditionnalité, sans appartenance, mais capable d’alliance au sein du réseau. L’espace est fait de tourbillons pour l’un et de technologies de vision pour l’autre, et l’espace commun est la trace de l’un dans l’autre, la condition de l’accueil de l’un par l’autre, de la vie en commun, de la constitution du réseau. Leur société n’est pas transparente, ni à eux, ni aux autres ; les visions, les pratiques communes sont partielles, au sein du nous dans lequel évolue le réseau.

via Fernand Deligny, imager le commun
Anne Querrien dans multitudes
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